Les simulateurs en ligne répondent tous à peu près la même chose : avec 4 000 € nets par mois, vous pourriez emprunter autour de 235 000 € sur 20 ans et près de 270 000 € sur 25 ans. Le chiffre rassure, il est facile à retenir, et il sert souvent de base pour fixer un budget de recherche. Pourtant, une partie des acheteurs découvre au moment du dossier que la banque ne suit pas ce montant.
L’écart tient à trois mécanismes que les simulateurs laissent de côté : le plafond de 35 % d’endettement inclut l’assurance emprunteur, les taux ont nettement remonté depuis l’été 2026, et le montant emprunté n’est pas le prix du bien que vous pourrez acheter. Cet article reprend le calcul avec les conditions d’octobre 2026, assurance comprise, puis le traduit en prix d’achat et en mètres carrés à Paris.
La capacité d’emprunt est le montant maximal qu’une banque accepte de prêter compte tenu de vos revenus, de vos charges et des règles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). Depuis 2022, ces règles sont juridiquement contraignantes pour les banques : la mensualité totale de crédit ne doit pas dépasser 35 % des revenus nets avant impôt, et la durée du prêt est limitée à 25 ans (27 ans dans certains cas de différé, notamment en VEFA).
Avec 4 000 € nets par mois, le calcul de départ est donc simple : 4 000 × 35 % = 1 400 € de mensualité maximale, assurance comprise. Si vous remboursez déjà un crédit auto de 200 €, il ne reste que 1 200 € pour le prêt immobilier.
Ce que la banque retient dans les 4000 €
Les 4 000 € correspondent aux revenus nets réguliers du foyer : salaires, revenus fonciers retenus partiellement, pensions. Les primes et la rémunération variable ne sont intégrées que si elles sont stables et documentées sur plusieurs années. Un cadre dont le fixe est de 3 400 € et le variable de 600 € n’a pas forcément 4 000 € de revenus aux yeux de la banque.
Méthode Connect Crédit. Avant tout calcul, nous reconstituons le revenu que la banque retiendra réellement, ligne par ligne. C’est souvent là que se joue l’écart entre la simulation et l’accord.
Le montant empruntable avec 4 000 € par mois est la somme que 1 400 € de mensualité permettent de rembourser sur une durée donnée, au taux du moment, assurance incluse. Pour octobre 2026, nous retenons des taux de 3,60 % sur 15 ans, 3,76 % sur 20 ans et 3,85 % sur 25 ans, cohérents avec les barèmes bancaires observés ce mois-ci pour un profil standard.
En retenant une assurance emprunteur de 0,50 % par an du capital emprunté (hypothèse prudente, à adapter à l’âge et au profil), la capacité d’emprunt avec 4 000 € de revenus s’établit ainsi :
| Durée | Taux retenu octobre 2026 | Capacité hors assurance | Capacité assurance comprise | Coût total du crédit (intérêts + assurance) |
| 15 ans | 3,60 % | 194 500 € | 183 900 € | 68 100 € |
| 20 ans | 3,76 % | 235 900 € | 220 400 € | 115 600 € |
| 25 ans | 3,85 % | 269 400 € | 249 400 € | 170 600 € |
L’assurance emprunteur est une partie de la mensualité, et elle entre dans les 35 % d’endettement fixés par le HCSF. Le mécanisme est simple : sur une mensualité plafonnée à 1 400 €, chaque euro consacré à l’assurance est un euro qui ne finance plus le capital. Plus la part d’assurance est élevée, plus la capacité d’emprunt baisse.
Or le taux d’assurance n’est pas le même pour tout le monde. Il dépend de votre situation personnelle, et c’est là que deux acheteurs aux revenus identiques peuvent obtenir des montants très différents.
L’âge. C’est le premier facteur. Le risque de décès ou d’invalidité augmente avec l’âge, et le tarif suit. Un emprunteur de 30 ans paie en général nettement moins qu’un emprunteur de 50 ans pour les mêmes garanties.
Le tabac. Un fumeur, ou une personne ayant arrêté depuis moins de deux ans selon la plupart des contrats, paie une assurance sensiblement plus chère, souvent près du double de celle d’un non-fumeur du même âge.
L’emprunt à deux. Quand un couple emprunte ensemble, chacun doit être assuré. La répartition de la couverture entre les deux emprunteurs (la quotité) peut aller de 50 % chacun à 100 % chacun. Une couverture à 100 % sur chaque tête protège mieux le survivant en cas de décès, mais elle double le coût de l’assurance.
Les garanties choisies. Le décès et la perte totale et irréversible d’autonomie sont toujours exigés. Selon le projet et la banque, s’ajoutent l’incapacité temporaire de travail, l’invalidité permanente partielle ou totale, parfois la perte d’emploi. Chaque garantie supplémentaire augmente le tarif.
La santé, la profession et les loisirs. Un antécédent médical, une profession exposée ou un sport à risque peuvent entraîner une surprime ou des exclusions. Le droit à l’oubli et la convention AERAS encadrent certains de ces cas.
Avec 4 000 € de revenus, sur 25 ans à 3,85 %, voici l’effet du seul taux d’assurance sur la capacité d’emprunt :
| Taux d’assurance (par an, sur capital initial) | Part de la mensualité consacrée à l’assurance | Capacité d’emprunt | Écart avec un calcul hors assurance |
| 0,10 % | environ 22 € | 265 200 € | – 4 300 € |
| 0,25 % | environ 54 € | 259 100 € | – 10 400 € |
| 0,50 % | environ 104 € | 249 400 € | – 20 000 € |
| 0,80 % | environ 159 € | 238 800 € | – 30 600 € |
| 1,00 % | environ 194 € | 232 200 € | – 37 200 € |
Calcul Connect Crédit, mensualité totale de 1 400 €, taux nominal de 3,85 % sur 25 ans. Taux d’assurance illustratifs : le tarif réel dépend du profil et du contrat.
Entre un emprunteur jeune, non-fumeur, et un emprunteur plus âgé ou fumeur, l’écart de capacité peut ainsi dépasser 30 000 €, à revenus identiques. C’est aussi pour cette raison que les simulateurs calculés hors assurance surestiment le budget : ils ignorent une variable qui pèse plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Le taux d’usure plafonne le coût total du crédit, assurance et frais compris. Depuis le 1er octobre 2026, il est de 5,40 % pour les prêts de 20 ans et plus. Pour un emprunteur dont l’assurance est chère, le coût total peut s’approcher de ce plafond, et le dossier devient alors impossible à accorder en l’état, même avec des revenus suffisants.
La capacité d’achat est le prix du bien que vous pouvez réellement acquérir : le montant emprunté, plus votre apport, moins les frais d’acquisition. Dans l’ancien, ces frais représentent environ 7 à 8 % du prix (droits de mutation, émoluments du notaire, débours). Nous retenons ici 7,5 %, hors frais de garantie.
Pour la lecture, nous arrondissons le prix moyen d’un appartement à Paris à 10 000 €/m². La traduction en surface est la suivante :
| Apport | Prix accessible sur 20 ans | Surface à Paris (20 ans) | Prix accessible sur 25 ans | Surface à Paris (25 ans) |
| 30 000 € | 233 000 € | environ 23 m² | 259 900 € | environ 26 m² |
| 60 000 € | 260 900 € | environ 26 m² | 287 900 € | environ 29 m² |
| 90 000 € | 288 800 € | environ 29 m² | 315 800 € | environ 32 m² |
À Paris intra-muros, 4 000 € de revenus permettent donc d’acheter un studio ou un petit deux-pièces. En petite couronne, où les prix au mètre carré sont sensiblement plus bas, le même budget ouvre l’accès à des surfaces plus grandes. C’est souvent à ce stade que le projet se redéfinit : localisation, typologie, achat seul ou à deux.
En 2026, les banques demandent que l’apport couvre au moins les frais d’acquisition, et un apport plus élevé améliore nettement les conditions proposées. Les financements sans apport sont devenus très rares : un projet qui repose sur cette hypothèse a peu de chances d’aboutir. C’est pourquoi le tableau ci-dessus commence à 30 000 € d’apport. La constitution de l’apport fait partie du calendrier d’achat, au même titre que la recherche du bien.
La capacité d’emprunt n’est pas une fonction du seul revenu. À 4 000 € par mois, deux acheteurs peuvent obtenir des montants différents de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les principales variables sont les suivantes.
Le reste à vivre est la somme dont le foyer dispose chaque mois une fois toutes les mensualités de crédit payées. Il n’existe pas de seuil réglementaire : chaque banque applique ses propres repères, qui augmentent avec le nombre de personnes à charge.
Avec 4 000 € de revenus et 1 400 € de mensualité, il reste 2 600 € par mois. Pour une personne seule, ce niveau est généralement jugé confortable. Pour un couple avec deux enfants, il est plus contraint, en particulier à Paris où le coût de la vie est élevé. Une banque peut alors proposer moins que le maximum théorique, même si le taux d’endettement est respecté.
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