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06/11/2026
Par Jeremy

Projet immobilier et présidentielle 2027 : un Français sur trois prêt à revoir ses plans

À six mois du premier tour, l’élection présidentielle s’invite dans les projets immobiliers des ménages. Un Français sur trois déclare qu’il pourrait avancer ou reporter son achat selon l’issue du scrutin. Et ceux qui prévoient de reporter leur achat sont presque deux fois plus nombreux que ceux qui veulent l’avancer (21 % contre 12 %). Le réflexe est classique en période électorale : face à l’incertitude, on attend d’y voir clair.

Ce réflexe repose pourtant sur une confusion. Le projet immobilier et la présidentielle 2027 sont liés par la fiscalité et les aides, mais le coût du crédit, lui, se décide sur les marchés obligataires, indépendamment du calendrier électoral. 

1. Un Français sur trois suspendu au résultat du scrutin

L’attentisme électoral est la tendance des ménages à différer une décision patrimoniale dans l’attente d’un résultat politique. Le premier baromètre Maslow.immo, réalisé par Discurv le 3 août 2026 auprès de 1 000 personnes représentatives des Français de 18 ans et plus, en donne la mesure : 33 % des sondés pourraient avancer ou reporter leur projet immobilier selon l’issue de la présidentielle 2027.

La répartition est déséquilibrée. 21 % envisagent un report, contre 12 % une accélération. Pour près de deux ménages hésitants sur trois, l’élection est donc un motif d’attente plutôt qu’un déclencheur.

Cette prudence cohabite avec un appétit intact pour la pierre. Toujours selon ce baromètre, 50 % des Français jugent l’investissement locatif attractif et 22 % envisagent d’acheter un bien à louer dans l’année. Mais 56 % estiment que l’investissement immobilier n’est plus vraiment à la portée des classes moyennes.

Attention : Une intention déclarée n’est pas un comportement. Les baromètres d’opinion mesurent un état d’esprit à un instant donné, pas des décisions d’achat. Il s’agit en outre d’une première édition, sans point de comparaison avec les cycles électoraux précédents.

2. Le logement, enjeu structurant de la campagne 2027

Le logement est devenu l’un des thèmes centraux de la présidentielle 2027. Selon un sondage Odoxa publié en mai 2026, 70 % des Français estiment qu’il sera un enjeu majeur de l’élection, et 90 % attendent des candidats qu’ils augmentent l’offre de logements.

L’enjeu se traduit dans les intentions de vote : pour 43 % des Français interrogés dans une enquête relayée par Empruntis, la question du logement pèsera directement sur leur choix. La régulation des loyers recueille 83 % d’opinions favorables dans cette même enquête.

Chez les candidats à l’investissement locatif, les attentes sont précises. Le baromètre Maslow.immo place en tête une meilleure protection contre les impayés et les squats (23 %), puis une baisse des prix (22 %) et une baisse des taux de crédit (17 %).

3. PTZ, LMNP, DPE : les dispositifs exposés au calendrier politique

Le risque politique en immobilier est le risque de voir modifiées les règles fiscales et les aides qui conditionnent la rentabilité ou la faisabilité d’un projet. C’est le principal canal par lequel la présidentielle 2027 peut affecter un projet immobilier.

Le projet de loi de finances (PLF) 2027, déposé le 1er octobre 2026, illustre cette exposition :

  • PTZ : le prêt à taux zéro, étendu à tout le territoire et aux maisons neuves jusqu’au 31 décembre 2027, serait prolongé. Un PTZ « parentalité » est proposé pour les foyers attendant un enfant ou ayant un enfant de moins de 3 ans.
  • LMNP : le PLF prévoit de plafonner l’amortissement en location meublée non professionnelle.
  • Statut du bailleur privé : créé par la loi de finances 2026, il exige des loyers environ 15 % sous le marché et une performance énergétique minimale (A ou B dans le neuf, D dans l’ancien rénové).
  • Donations : l’exonération des dons familiaux d’argent passerait de 31 865 € à 50 000 €, pour les dons consentis entre le 1er janvier et le 30 juin 2027.
  • Rénovation : MaPrimeRénov’ serait recentrée sur la rénovation d’ampleur, les travaux ponctuels basculant vers les certificats d’économies d’énergie.

Le gouvernement a lui-même qualifié ce budget de « réversible », afin de ne pas engager la majorité issue des élections. Toutes ces mesures restent soumises au vote du Parlement.

4. Les taux de crédit obéissent aux marchés, pas aux urnes

Le taux d’un crédit immobilier est le prix auquel une banque prête, fixé principalement en fonction de son propre coût de refinancement. Ce coût suit de près le rendement de l’OAT 10 ans, l’emprunt de référence de l’État français.

La séquence de l’automne 2026 le montre. Le 29 octobre, la BCE a laissé ses taux directeurs inchangés. Dans le même temps, l’OAT 10 ans a franchi 5 %, sous l’effet des tensions sur la dette publique française. Résultat : selon Pretto, le taux moyen tous profils sur 20 ans est passé de 3,66 % en octobre à 3,76 % en novembre 2026.

L’élection peut influencer ces taux de façon indirecte, par la crédibilité budgétaire perçue par les marchés. Mais cet effet ne dépend pas d’un camp en particulier, et il est impossible à anticiper avec précision. Le plafond légal reste par ailleurs le taux d’usure, fixé à 5,29 % au troisième trimestre 2026 pour les prêts de 20 ans et plus.

Le risque électoral est déjà en partie dans les prix

La prime de risque souveraine est le supplément de rendement que les investisseurs exigent pour prêter à la France plutôt qu’à l’Allemagne. Elle se mesure par l’écart entre l’OAT et le Bund à 10 ans. Elle réagit à la crédibilité budgétaire perçue, pas à une étiquette politique.

Les marchés n’attendent pas le scrutin pour l’ajuster. À six mois de la présidentielle, cet écart a dépassé 150 points de base, un niveau inédit en clôture depuis 2012. L’OAT 10 ans a franchi 5 % en octobre 2026, une première depuis 2002. Les analystes relient cette tension à un déficit public supérieur à 5 % du PIB et à la difficulté des programmes, quel que soit leur bord, à présenter une trajectoire crédible de réduction de la dette.

Pour un acquéreur, la conséquence est contre-intuitive : une partie du risque électoral est déjà intégrée dans les barèmes actuels. Attendre le résultat ne garantit donc pas de meilleures conditions. Un résultat jugé rassurant par les marchés pourrait détendre les taux, un résultat jugé inquiétant pourrait les tendre davantage, et personne ne peut savoir à l’avance lequel se produira.

Le précédent de juin 2024 invite à relativiser. Après l’annonce de la dissolution, l’OAT 10 ans avait bondi de 13 points de base. Quelques semaines plus tard, les taux de crédit s’étaient pourtant stabilisés autour de 3,65 % sur 20 ans. Les banques lissent les mouvements de marché, le taux d’usure plafonne le coût total du crédit, et la BCE dispose d’un instrument, le TPI, pour contenir un écartement brutal des taux souverains, sous conditions de discipline budgétaire.

6. Paris et Île-de-France : un marché qui ne se met pas en pause

Le marché immobilier francilien est un marché à forte profondeur, porté par une demande structurelle de primo-accédants, de cadres et d’investisseurs. Il réagit aux taux plus qu’aux cycles politiques.

À l’échelle nationale, les Notaires de France décrivent un marché en reprise mesurée : 951 000 ventes de logements anciens sur douze mois à fin août 2026, soit +3,6 % sur un an. Les avant-contrats annoncent une quasi-stabilité des prix à fin novembre 2026 (-0,5 % pour les appartements anciens, -0,4 % pour les maisons).

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